Créé(e) 23/10/2015 Mis à jour 05/07/2017

En 1865, rien ne laissait prévoir qu’un grand laboratoire international de biologie marine s’implanterait un jour à Roscoff, riche bourgade d’agriculteurs, de pêcheurs et de commerçants. C’est à la clairvoyance d’un homme étranger au pays, capable d’analyser la somme des facteurs favorables, capable d’intéresser et de convaincre ministères, tutelles, décideurs locaux, mécènes, collègues et étudiants, capable surtout de persévérer dans l’effort pendant près de trente ans, que l’on doit l’existence à Roscoff d’une véritable exception universitaire.

 Fondée en 1872, la Station biologique de Roscoff doit son importance et sa renommée actuelles à la volonté patiente et tenace de son fondateur, à la politique de développement poursuivie contre vents et marées par ses successeurs, tous scientifiques, chacun aidé dans son œuvre par des cohortes de collègues, de collaborateurs et d’élèves. Depuis près d’un siècle et demi, la Station biologique a contribué à former l’élite des biologistes français et étrangers, parmi lesquels des Prix Nobel comme André Lwoff et Jacques Monod. Ses chercheurs ont été et sont encore à l’origine d’avancées importantes dans tous les domaines des sciences biologiques.

Le fondateur, Henri de Lacaze-Duthiers (1821-1901), est né au château de Stiguedern dans le Lot et Garonne. Professeur de Zoologie à la Sorbonne et membre de l’Académie des Sciences, c’est le 20 août 1872, deux ans après l’humiliant désastre de Sedan, qu’il signe à Roscoff l’acte de naissance officiel du « Laboratoire de Zoologie expérimentale » et d’un nouveau journal scientifique destiné à publier les travaux qui y seront effectués. Républicain et patriote, hostile à l’Empire quoique fils d’un baron pair de France, zoologiste de renommée internationale correspondant avec Thomas Huxley (le « bouledogue de Darwin »), Lacaze-Duthiers veut lutter contre l’esprit de défaite issu « d’un immense bouleversement », remettre la science française à un niveau d’excellence, et démontrer que la zoologie, considérée par Claude Bernard comme une science purement descriptive, est une science expérimentale au même titre que la Physiologie.
 

Directeur de la Station Biologique de Roscoff de 1994 à 2003
Première édition : mai 2014
toulmond@sb-roscoff.fr