Créé(e) 06/04/2018
06 avr
2018

Un herbivore marin est capable de dégrader des composés complexes issus des algues. Des chercheurs de la Station Biologique de Roscoff ont montré la présence d’un microbiote digestif dominant et stable dans le temps chez l’ormeau européen, quelle que soit le type d’algue ingéré. Ces travaux, menés en collaboration avec une écloserie d’ormeaux, sont parus dans la revue Microbiome le 27 Mars 2018. Ils visent à développer les connaissances sur l’utilisation des grandes algues comme fourrage pour l’élevage d’ormeaux.

L’ormeau est un met très apprécié dans le monde entier, notamment en France, où la pêche de cet herbivore marin et les effets conjugués de maladies bactériennes liées au réchauffement global conduisent à sa disparition progressive. Les élevages d’ormeaux contribuent à leur protection et la compréhension des modalités de digestion de l’animal permettrait d’optimiser les méthodes d’élevage. Chez les herbivores terrestres, le microbiote digestif est connu pour dégrader les polysaccharides complexes des plantes. Ce phénomène reste encore peu connu dans l’environnement marin, où la plupart des herbivores consomment des macroalgues rouges, vertes et brunes, chacune caractérisée par une composition très spécifique en polysaccharides, représentant la moitié de leur biomasse, et de composition biochimique différente de celle des polysaccharides rencontrés chez les plantes vasculaires. Ainsi, ces polysaccharides représentent de nombreuses sources de carbones pour le microbiote de surface, propre à chaque type de macroalgue. Le microbiote digestif des herbivores marins devrait alors varier en fonction du type de régime algal. Dans le cadre du projet ANR Investissements d’Avenir IDEALG, un travail de collaboration mené par des chercheurs de la Station Biologique de Roscoff (UMR 8227 CNRS-Sorbonne Université), impliquant l’écloserie d’ormeaux France Haliotis et le Laboratoire des sciences de l’environnement marin (IUEM, UMR 6539 CNRS-IFREMER-IRD-UBO Brest), a mis en évidence par metabarcoding la présence de deux types de microbiote dans la glande digestive de l’ormeau. Le premier, composé de trois genres bactériens aux capacités supposées fermentatrices est stable et domine quelle que soit l’espèce de macroalgue ingérée. Le second microbiote est aérobie. Il est peu abondant et spécifique d’un régime algal donné. Ces observations associées à l’identification dans des génomes bactériens de bases de données publiques de fonctions de dégradation de polysaccharides d’algue suggèrent deux scénarios. Dans le premier scénario, le microbiote aérobie jouerait d’abord un rôle dans la prédigestion des polysaccharides d’algue. Le microbiote dominant et stable prendrait ensuite le relai pour assurer la fermentation des produits de dégradation résultants en produits assimilables par l'ormeau. Dans le second scénario, le microbiote dominant et stable de l’ormeau aurait acquis les fonctions de dégradation de polysaccharides d’algue par transfert de gènes du microbiote de surface des algues et aurait ainsi acquis la capacité de dégrader et fermenter les polysaccharides d’algues. Dans tous les cas, le microbiote digestif de l’ormeau, tel un couteau suisse, semble présenter toutes les fonctions nécessaires à la dégradation de différentes espèces de macroalgues, alors que chacune d’elle est composée d’un mélange de polysaccharides extrêmement spécifique. Il permettrait ainsi à l’ormeau de se nourrir à partir des grandes algues rouges, vertes et brunes. Ces observations enrichissent nos connaissances sur la biologie de l'ormeau et permettront, à terme, d’améliorer les méthodes d’élevage et préserver ce trésor gustatif.

 

L’ormeau européen Haliotis tuberculata venant de l’écloserie d’ormeaux France Haliotis (A). Composition du microbiote présent dans la glande digestive de l’ormeau associé à un régime algal donné : Palmaria palmata, Ulva lactuca, Laminaria digitata et Saccharina latissima (B). Les camemberts à gauche représentent les proportions en abondances de séquences des genres présents dans le microbiote associé à un régime algal donné. Les camemberts à droite représentent le détail des proportions des genres les moins abondants.

 

Pour en savoir plus

Seasonal and algal diet-driven patterns of the digestive microbiota of the European abalone Haliotis tuberculata, a generalist marine herbivore, A. Gobet, L. Mest, M. Perennou, S. Dittami, C. Caralp, C. Coulombet, S. Huchette, S. Roussel, G. Michel, C. Leblanc, Microbiome, 27 Mars 2018. DOI: 10.1186/s40168-018-0430-7.

 

Contacts chercheurs

Angélique GOBET, Sorbonne Université, CNRS, Integrative Biology of Marine Models (LBI2M), Station Biologique de Roscoff (SBR), Place Georges Teissier, CS 90074, 29688 Roscoff Cedex, France ; Tel : 02 98 29 23 62 ; courriel : angeliquegobet@gmail.com

Gurvan MICHEL, Sorbonne Université, CNRS, Integrative Biology of Marine Models (LBI2M), Station Biologique de Roscoff (SBR), Place Georges Teissier, CS 90074, 29688 Roscoff Cedex, France ; Tel : 02 98 29 23 30 ; courriel : gurvan.michel@sb-roscoff.fr

Catherine LEBLANC, Sorbonne Université, CNRS, Integrative Biology of Marine Models (LBI2M), Station Biologique de Roscoff (SBR), Place Georges Teissier, CS 90074, 29688 Roscoff Cedex, France ; Tel : 02 98 29 23 62 ; courriel : catherine.leblanc@sb-roscoff.fr

 

Mots-clés

Holobionte, Interactions microbe-hôte, Microbiote digestif, Ormeau, Macroalgue