"Je me voyais difficilement faire un métier sans lien avec l'Océan"
Photo : W. Thomas

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Line Le Gall est la nouvelle directrice de la Station Biologique de Roscoff. Elle a pris ses fonctions en janvier 2026.

Actualité scientifique

Spécialiste des algues, Line Le Gall consacre sa carrière à comprendre la biodiversité des paysages sous-marins. La nouvelle directrice de la Station biologique de Roscoff rejoint un lieu emblématique de la recherche océanographique française, au plus près d’un milieu qu’elle étudie depuis toujours : la mer, dans toute sa richesse, sa fragilité et son invisibilité.

Une vocation née entre botanique et océan

Chaque matin désormais, la mer est là. Après plus de vingt ans de carrière scientifique menée au Muséum national d’Histoire naturelle, loin des côtes, Line Le Gall rejoint la Station biologique de Roscoff, l’une des trois stations marines de Sorbonne Université, gérées conjointement avec le CNRS. Un centre de recherche qu’elle a longtemps considéré comme un objectif majeur, lié autant à son parcours de chercheuse qu’à son histoire personnelle.

La relation de Line Le Gall à l’océan s’est tissée tôt, bien avant les laboratoires et les publications. Née dans une famille où la mer occupait une place centrale, ses parents, passionnés de navigation, l’emmènent très jeune à bord. La mer devient vite un paysage familier. « Je me voyais difficilement faire un métier sans lien avec elle », confie-t-elle. Lorsque vient le temps des études - un passage à l’université de Caen mais aussi à Sorbonne Université où elle obtient un DEA d’océanographie -, elle s’oriente vers la biologie, avec un attrait marqué pour la botanique et les algues.

Si ces dernières souffrent souvent d’une image ingrate, réduites à des amas glissants et malodorants échoués sur les plages, Line Le Gall, au contraire, y voit un monde d’une richesse insoupçonnée. « Quand on sait les regarder, une algue est d’une beauté incroyable. » Leurs formes, leurs motifs et leurs couleurs nourrit sa curiosité scientifique. Elle y voit aussi un immense territoire encore largement inexploré. Car les algues constituent un ensemble d’organismes photosynthétiques marins d’une diversité exceptionnelle. 

En devenant spécialiste des macro-algues, Line Le Gall construit une carrière attentive aux dynamiques du vivant. Elle s’intéresse à la répartition des espèces, à leurs mécanismes de diversification, aux raisons pour lesquelles certains littoraux concentrent une grande richesse biologique quand d’autres en sont plus pauvres. Ses recherches interrogent aussi les effets du changement climatique, notamment des canicules marines. Une approche qui se déploie à toutes les échelles : du temps court des perturbations écologiques au temps long de l’évolution, de la baie de Roscoff à la planète entière.

Rendre visible l’invisible

Comme tout bon chercheur, Line Le Gall mène aussi des travaux à l’international, comparant les patrons de biodiversité sur différents continents. Contrairement à d’autres groupes marins, les algues atteignent leur plus grande diversité non pas dans les zones tropicales, dominées par les coraux, mais dans les régions tempérées. La France, sur ses façades atlantique et méditerranéenne, constitue ainsi un véritable hotspot de biodiversité algale. 

Parmi les expériences qui ont le plus marquée la chercheuse figurent ses missions dans les Terres australes et antarctiques françaises : les îles Crozet, Saint-Paul et Amsterdam, et Kerguelen. Les paysages terrestres battus par les vents présentent une végétation prostrée, tandis que s’étendent, sous la surface, de véritables forêts. « Des laminaires géantes qui vont mesurer 40-50 mètres de haut », précise-t-elle. « On descend dans la forêt en plongeant. On va aussi y voir des anémones gigantesques, tout est énorme. C’est vraiment l’adjectif qui vient en tête quand on sort d’une plongée sous ces latitudes. »

Line Le Gall prend aujourd’hui la direction de la Station biologique de Roscoff. Une nomination qu’elle accueille « avec beaucoup de joie ». La station, historiquement tournée vers l’étude des algues, s’impose comme une évidence. « Mon rôle va être de créer les conditions permettant aux équipes de travailler dans les meilleures conditions possibles », souligne-t-elle. Au-delà de la recherche, elle accorde une importance particulière à l’éducation et à la médiation scientifique. Dans un contexte de changement climatique et de déploiement des aires marines protégées, elle estime indispensable que la science éclaire le débat public et accompagne les décisions politiques. Ancrée dans son territoire, la Station biologique de Roscoff a selon elle un rôle majeur à jouer dans cette transmission.

Cette ouverture dépasse le seul cadre académique. Depuis plusieurs années, Line Le Gall collabore avec des artistes, notamment le photographe et plasticien Nicolas Floc’h, autour de projets mêlant art et science. Ensemble, ils interrogent la notion de paysage sous-marin et cherchent à rendre visible ce qui ne l’est pas. 

Enfin, à celles et ceux qui envisagent une carrière scientifique, elle délivre un message à contre-courant : « On a trop mis l’accent sur l’excellence. » Pour elle, la clé réside dans la créativité. Dans un système contraint, la capacité à inventer, à faire autrement, devient essentielle. « La créativité amène forcément le succès », ajoute-t-elle.

À Roscoff, Line Le Gall poursuit un chemin cohérent : celui d’une chercheuse attentive aux formes du vivant, aux dynamiques invisibles et à la nécessité de les partager avec le plus grand nombre.
 

 


 

Publié le 10 février 2026