Rechercher
Statistique
Content View Hits : 16430

Média

Ouest France - Jeudi 03 septembre 2009

TARA - Une expédition scientifique
Ouest France - Jeudi 03 septembre 2009

Interview de Eric Karsenti, co-directeur de l'expédition

 « L’océan est essentiel à la régulation du climat »


Comment est née cette mission sur la biodiversité marine??

J’ai eu l’idée d’un tel projet il y a dix ans en lisant le livre Voyage sur le Beagle de Darwin. À 22 ans, il est parti comme naturaliste sur ce bateau de la Royale anglaise qui devait cartographier les côtes d’Amérique du Sud. C’est pendant ce voyage que Darwin a eu l’idée de la Théorie de l’évolution. Elle lui est venue en faisant beaucoup d’observations sur la diversité des organismes qu’il rencontrait à différents endroits de la planète et les relations qu’il y avait entre la nature de ces organismes et leur implantation géographique. En lisant ce bouquin qui se lit comme un roman d’aventure, je me suis dit que ce serait bien de refaire une expédition du même genre avec nos méthodes modernes.

Concrètement, comment va se dérouler la mission??


On va faire le tour des océans du monde en trois ans pour récupérer ses micro-organismes (plancton, bactéries, organismes unicellulaires, etc.) en pompant de l’eau et en la faisant passer dans des filtres. Ils sont très petits. Une bactérie, ça mesure autour d’un micron, un millionième de mètre, les organismes unicellulaires entre vingt microns et un millimètre. À bord, on aura des appareils d’imagerie qui permettront de les voir et de les compter. Ensuite, ils seront envoyés et analysés en laboratoires génétiques. On va aussi enregistrer un tas de paramètres tels que la température de l’eau, sa salinité et son acidité pour relier nos observations avec l’évolution des écosystèmes pendant le réchauffement climatique. Ca va permettre de relier l’évolution du climat avec l’évolution de la vie aquatique et vice-versa.

Comment le plancton, un si petit organisme, peut-il avoir un impact sur le climat??

Les organismes par eux-mêmes sont peut-être petits, mais ils sont présents en très grand nombre. L’océan c’est tout de même deux tiers de la surface de la terre. Il faut savoir qu’il y a des millions de micros organismes par millilitres d’eau de mer. Ca représente donc une masse de vie colossale. De plus, ils se reproduisent très vite et, comme tout être vivant, ils absorbent donc énormément de carbone pour se construire avec l’aide de l’énergie solaire. L’océan, c’est un énorme réacteur chimique. C’est aussi un énorme système de retraitement des eaux qui détoxifie l’océan. Le problème, c’est si on les sature, ils ne peuvent plus assumer leur rôle et ça se passe mal…

C’est le message que vous voulez faire passer avec cette expédition.

Oui, c’est dire que la vie océanique est essentielle à la régulation du climat et au fonctionnement de l’ensemble des écosystèmes terrestres. En tant qu’homme, on fait partie d’un tout et on est entièrement dépendant du reste des organismes vivants de notre planète. C’est pour ça qu’il faut y faire attention. Avec Tara, le message sera plus facile à faire passer car on peut parler de l’évolution de la vie et de ses relations avec le climat en ayant comme fil rouge l’expédition scientifique pour intéresser le public aux questions de la biologie.

Propos recueillis par Olivier CLÉRO.

 

Actu-Environnement.com - 28/08/2009

Le phytoplancton marin au coeur du système de régulation climatique

Actu-Environnement.com - 28/08/2009



Une diversité insoupçonnée de planctons marins serait à la base de la photosynthèse océanique, ont révélé les chercheurs des laboratoires de biologie marine de Roscoff et d'océanographie de Villefranche-sur-mer (UPMC/CNRS), dans une étude* publiée le 21 juillet dans la revue ''Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS)''.

Rappelons que les océans de la planète sont à l'origine de plus de la moitié de la production mondiale de matière organique grâce à l'activité de photosynthèse du phytoplancton marin. Ces micro-organismes en suspension dans l'eau de mer interviennent dans le cycle du carbone en produisant de la matière, grâce au CO2 et à la lumière du soleil. Grâce à des protocoles génétiques originaux, l'équipe de chercheurs, en collaboration avec les universités de Rutgers (Etats-Unis) et d'Ottawa (Canada), ont identifié une multitude de micro-organismes portant ce pigment photosynthétique* -
une molécule colorée capable d'absorber les radiations lumineuses - et en particuliers des protistes du groupe des haptophytes, des micro-algues dont la taille varie entre 2 et 8 microns (8m) et qui se développent jusqu'à 400 mètres de profondeur.

D'après les calculs des chercheurs, dans quelques litres d'eau de mer tropicale il y aurait plus de 1.000 espèces génétiques différentes des haptophytes. Ils formeraient ainsi l'une des composantes majeures du plancton marin. La biomasse de ces organismes serait jusqu'à deux fois plus importante que celle des cyanobactéries ou des diatomées, deux groupes de phytoplancton considérés classiquement comme les champions de la photosynthèse dans les océans. En plus de se nourrir de lumière via la photosynthèse, les haptophytes ''mangent'' des proies bactériennes, de la matière organique ou des pico-protistes (protistes d'une taille de l'ordre de 1 à 2 microns) et complémenteraient ainsi leur régime alimentaire tout en se diversifiant, explique Colomban de Vargas, de la station biologique de Roscoff chargée de l'étude des protistes marins.

Cette étude met en évidence le rôle de la biodiversité du plancton océanique dans la régulation du climat. Si le plancton constitue 98 % de la biomasse de la mer, il absorbe plus de la moitié du CO2 et produit 50 % de l'oxygène. Identifier la richesse et le fonctionnement de la biodiversité du plancton océanique est indispensable à la compréhension des régulations climatiques par le vivant, souligne Colomban de Vargas.


Le plancton marin étudié par l'expédition Tara Océans


Les études sur les protistes marins font l'objet de nouveaux programmes de recherche coordonnés par les chercheurs CNRS de Roscoff, tels que BioMarKs (Biodiversity of Marine euKaryotes) sur les côtés européennes, ou Tara-Oceans, l'expédition scientifique autour du globe à bord du voilier Tara qui larguera les amarres le 4 septembre à Lorient.

Après avoir dérivé en Arctique de septembre 2006 à janvier 2008, la goélette Tara va reprendre la mer, pendant trois ans, pour étudier les planctons présents dans toutes les eaux du globe, afin de mieux comprendre l'écosystème marin et l'impact du changement climatique, de l'acidification des océans sur cette vie sous marine. 98 % de la biomasse des océans est constituée de micro-organismes. On n'en connaît pas 10 %, souligne Romain
Troublé, le directeur des opérations de l'expédition. Le fonctionnement des organismes, des écosystèmes et leurs services  la nature sont encore très peu connus par les scientifiques. L'expédition Tara Océans devrait aboutir à la constitution d'une bio-bank des planctons de l'ensemble des océans parcourus.

L'objectif est de traverser le maximum d'océans et d'accumuler des échantillons pour pouvoir les comparer et comprendre au bout du voyage le fonctionnement des écosystèmes et pouvoir anticiper ce qui se passera plus tard, explique Romain Troublé. De la Méditerranée à l'océan Arctique, en passant par la mer Rouge, le golfe persique, l'océan Indien, l'Atlantique et le Pacifique, ce sont près de 150.000 km de mer qui vont être parcourus et scrutés de près sur 3 ans. Virus, méduses, larves de poissons, coraux… pourront être étudiés dans leur ensemble et surtout dans leurs interactions. Les données recueillies par l'expédition Tara Océans affineront la connaissance des organismes marins et des écosystèmes et devraient notamment permettre de construire une carte fonctionnelle des écosystèmes marins sous forme de modèles et de visualisations interactives.

R. BOUGHRIET



* Références : Liu H., Probert I., Uitz J., Claustre H., Aris-Brosou S., Frada M., Not F., de Vargas C. 2009. Extreme diversity in noncalcifying haptophytes explains a major pigment paradox in open oceans. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS published online before print July 21, 2009, doi:10.1073/pnas.0905841106).

 

L'Express du 04/09/2009

L'Express
04/09/2009

Tara reprend la mer
Par Vincent Olivier

La goélette, qui doit quitter Lorient le 5 septembre, va sillonner le globe durant trois ans. Mission: mesurer les effets du réchauffement sur la vie des océans. Trois ans de voyage, 150 000 kilomètres sur toutes les mers du globe, une cinquantaine de pays à traverser: le 5 septembre, la goélette Tara (qui avait déjà achevé début 2008 un voyage en Arctique) va quitter sa base de Lorient pour un périple extraordinaire qui l'emmènera de la Méditerranée à
l'Antarctique, du golfe Persique à l'océan Pacifique. Un périple sans précédent qui rappelle, en plus vaste encore, celui effectué par le naturaliste Charles Darwin à bord du Beagle, entre 1831 et 1836.

Immersion dans les écosystèmes marins

Au-delà de l'aventure humaine, le but de cette circumnavigation est de "plonger dans le monde invisible des écosystèmes marins", pour reprendre l'expression d'Etienne Bourgois, le patron de Tara Expéditions. La goélette va étudier, jusqu'à la mi-2012, l'impact du changement climatique sur la vie
des océans: larves de poissons, coraux, mais aussi micro-organismes, virus en tout genre, bref, "tout ce qui absorbe la majorité du gaz carbonique de l'atmosphère", rappelle Eric Karsenti, du Laboratoire européen de biologie moléculaire d'Heidelberg, en Allemagne, et chargé du volet scientifique de
l'expédition.

Comprendre l'atmosphère via l'océan
Tara s'intéressera aussi à l'évolution du plancton océanique, et en particulier aux haptophytes. Ces organismes unicellulaires de 2 à 8 microns (millièmes de millimètre) de diamètre absorbent de grandes quantités de carbone qu'ils entraînent au fond des océans, en mourant. A la fois animaux et plantes dans leur comportement, les haptophytes produisent "la moitié de l'oxygène que nous respirons", selon Colomban de Vargas, chercheur au laboratoire de biologie marine de Roscoff (Finistère) et co-organisateur du voyage. Le réchauffement climatique s'est-il déjà attaqué au plancton? Réponse dans les prochains mois.
 

Article 20minutes.fr du 05/09/09

Article 20 minutes.fr
05.09.09


Trois ans pour tenter de percer les mystères des océans

 
Ils ont trois ans pour tenter de percer les mystères des océans. L'expédition Tara prendra le départ ce samedi de Lorient (Morbihan) pour une aventure scientifique inédite, mobilisant une centaine de chercheurs du monde entier. Le deux-mâts de 26 m de long effectuera un voyage de 150.000 km en
soixante escales, l'équivalent de deux tours du monde. Objectif: prélever un maximum de microorganismes dans toutes les mers du globe et étudier les conséquences du réchauffement climatique sur ces êtres vivants.

Sur les pas de Darwin
Ce projet hors-norme, le biologiste Eric Karsenti, fasciné par le voyage de cinq ans entrepris par Charles Darwin à bord du «Beagles» en 1831, «en rêvait depuis dix ans». Un rêve qui s’est concrétisé après le succès de l’expédition Tara Arctics en 2006. A bord de la goélette, une équipe de chercheurs s’était
laissée prendre dans la banquise, dans l’espoir de mieux comprendre comment le réchauffement climatique affecte les pôles. Un succès scientifique, mais aussi médiatique, qui a donné envie au "patron" de Tara, l’homme d’affaires Etienne Bourgeois, de tenter une nouvelle aventure. Encore plus
folle.

Un écosystème encore largement méconnu
Aux quatres coins de la planète, tout ce que les fonds marins comptent de virus, bactéries, planctons ou encore protistes (organismes ni végétaux ni animaux) va donc être récolté, puis envoyé en laboratoire. «Potentiellement, l'expédition peut nous donner du travail pour les dix ans à venir,
s'enthousiasme Colomban de Vargas, de la station biologique de Roscoff (CNRS), spécialiste de ces fameux protistes. Pour un scientifique, Tara, c’est la chance d’une vie.» Quant aux résultats, «nous pouvons espérer que nos observations éclairent certains mécanismes de l'évolution, et en particulier
ceux qui concernent la survie des individus et des gènes les mieux adaptés», souligne Eric Karsenti. Les possibilités pour la recherche sont, en tout cas, quasi infinies: alors que les micro-organismes sont à l'origine de la vie sur terre et représentent 98% de la biomasse, à peine 10% ont été découverts.

Charlotte Mannevy
 

Article Le Monde 20 juin 2009

 
More Articles...
<< Start < Prev 1 2 Next > End >>
Page 1 of 2