Les cyanobactéries marines du genre Prochlorococcus (Chisholm et al, 1992) constituent le groupe d’organismes photosynthétiques le plus abondant sur Terre (Partensky et al, 1999).
Elles possèdent, en effet, une distribution virtuellement
ubiquiste dans la bande comprise entre 40° de latitude Nord et Sud.
Elles sont souvent présentes dans ces régions
océaniques à des concentrations atteignant 3.105
cellules / ml et peuvent se développer jusqu’à 150
à 200 mètres de profondeur, là où la
quantité d’énergie lumineuse est inférieure
de 3 ordres de magnitude à celle qui arrive en surface. Avec une
taille comprise entre 0.5 et 0.7 µm, ces cyanobactéries
représentent également les organismes
photosynthétiques les plus petits connus à l’heure
actuelle. Cette taille minuscule facilite l’acquisition des sels
nutritifs dont les concentrations sont particulièrement faibles
dans la couche de surface des régions centrales
océaniques, là où les cellules de Prochlorococcus dominent les communautés phytoplanctoniques.
Outre
son importance écologique, les cellules de ce genre
représentent 40 à 50 % de la biomasse phytoplanctonique
des zones oligotrophes, le genre Prochlorococcus possède de nombreuses particularités qui le distingue des autres cyanobactéries. Ainsi, Prochlorococcus
possède une composition pigmentaire unique puisque les 2
principaux pigments sont des dérivés divinylés de
la chlorophylle a (Chl a2) et de la chlorophylle b (Chl b2) (Goericke et Repeta, 1992).
De même, l'antenne permettant la capture de
l’énergie lumineuse est constituée d'une
protéine présente dans la membrane des thylacoïdes
et fixant la Chl a2 et la Chl b2 (La Roche et al, 1996).
L’antenne photocollectrice des cyanobactéries typiques,
quant à elle, est un complexe multiprotéique
accolé à la membrane des thylacoïdes et
appelé phycobilisome. L’antenne de Prochlorococcus ressemble, par son organisation et sa capacité à fixer la Chl b2
aux antennes observées chez les plantes supérieures
(Light Harvesting Complex). Cependant, les gènes codant ces 2
types d’antenne semblent avoir des origines
phylogénétiques différentes .
Les études effectuées sur des souches en culture de Prochlorococcus
et sur des populations du milieu naturel ont montré qu’au
moins deux "types écologiques" se développent dans la
colonne d’eau et sont adaptés à des niches
écologiques distinctes (Campbell et Vaulot, 1993; Moore et al, 1998).
Le premier est présent en surface (0 à 100 m) où
la quantité d’énergie lumineuse est importante et
où les concentrations en sels nutritifs sont très
faibles. Le deuxième type prolifère à plus grande
profondeur (80 à 200 m) dans des eaux beaucoup plus riches en
sels nutritifs, mais avec une très faible luminosité. Ces
2 types présentent une composition pigmentaire (rapport Chl b2 sur Chl a2
) ainsi que des caractéristiques physiologiques
(intensité lumineuse optimale pour la croissance et la
photosynthèse) et génétiques (séquence du
gène de l’ARNr 16S) différentes et correspondent
probablement à des espèces différentes.
Des
études récentes ont révélées
certains des mécanismes moléculaires expliquant les
différences écophysiologiques observées entre les
types de surface et de profondeur. Ainsi, les génomes des
souches de profondeur contiennent plusieurs copies du gène pcb
(jusqu'à 8 copies différentes chez la souche SS120) qui
code pour la protéine de l'antenne photocollectrice (Garczarek et al, 2000). Au contraire, un seul gène pcb
a été trouvé chez toutes les souches de surface.
La multiplication spécifique de ces gènes,
accompagnée par une diversification de leurs fonctions,
résulte probablement d'une adaptation à la faible
luminosité de la niche de profondeur.
Afin de mieux comprendre l’évolution de Prochlorococcus
et pour identifier les gènes expliquant l’adaptation et le
succès écologique de cet organisme, un consortium
d'équipes, coordonné par l'équipe phytoplancton océanique, a demandé le séquençage du génome de la souche de profondeur Prochlorococcus marinus SS120 (CCMP1375) par le Genoscope (Evry). Cette souche est l’une des mieux caractérisées écophysiologiquement. D’autre part le Joint Genome Institute
(JGI, Walnut Creek, Californie) du département de
l’énergie américain a terminé le
séquençage du génome d’une souche de surface
(P. marinus MED4) ainsi que celui d’une autre souche de profondeur (P. marinus MIT9313) assez différente de la souche SS120 car elle se situe à la base de la radiation des Prochlorococcus. Enfin, le génome d'une autre cyanobactérie marine appartenant au genre Synechococcus (Synechococcus sp. WH8102) et très proche phylogénétiquement des Prochlorococcus a également été séquencé par le JGI.
L’état
de ces 4 projets de séquençage ainsi les
caractéristique de ces génomes sont résumés
dans le tableau suivant .