Quelle est l'influence de la marée sur la biologie des organismes de l'estran à Roscoff ?


La marée à Roscoff découvre l'estran deux fois en 24 heures. L'estran, cette zone côtière comprise entre les plus hautes mers et les plus basses mers, s'appelle aussi la zone de balancement des marées ou encore, la zone intertidale. A Roscoff, elle est soumise à l'alternance de l'immersion et de l'émersion toutes les 6 heures.

Les algues et les animaux qui vivent dans cette zone doivent donc passer régulièrement de la vie aquatique à la vie à l'air libre ou bien, au milieu plus confiné des cuvettes ou flaques d'eau de mer.

Passer de la vie aquatique à la vie aérienne suppose que les organismes sont capables de respirer dans l'eau et dans l'air, ou bien capables de garder une petite réserve d'eau de mer, ou bien encore capables de ne pas respirer pendant la basse mer, en attendant le retour de la marée haute. Cela suppose aussi qu' ils peuvent se protéger de la dessiccation à l'air et qu'ils supportent la force des vagues, lors de la marée haute.

La vie à marée haute leur apporte un milieu ambiant frais, de température relativement constante: l'eau ne varie que de 9° à 16° C environ, au cours de l'année, au large de Roscoff. A marée basse, la température de l'estran peut atteindre des valeurs très élevées sous le soleil, ou au contraire, des valeurs très basses en hiver.

La salinité, de même, est moins variable à marée haute (autour de 35g de sel par litre), qu'à marée basse, où la salinité des cuvettes augmente lorsque l'eau s'évapore au soleil ou, au contraire, diminue lorsque les flaques sont diluées par l'eau de pluie.

Le pH, traduisant la concentration en ions hydrogène, est indicatif de l'acidité ou de l'alcalinité de l'eau. Le pH de l'eau de mer, relativement constant , est naturellement basique, autour de 8,3. Il peut varier énormément dans une flaque selon sa teneur en gaz carbonique (CO2). Si la flaque abrite beaucoup de petits organismes ( microorganismes, crabes, crevettes, coquillages, échinodermes, petits poissons etc...) leur respiration produit du CO2 et le pH de l'eau devient acide (<7). S'il y a aussi des algues dans la flaque, celles-ci vont, à la lumière du jour, consommer du CO2 pour leur photosynthèse et permettre une remontée du pH. (>8).

L'eau, à marée haute, absorbe une partie de la lumière solaire, en particulier les rayons ultra-violets. Dans les cuvettes à marée basse, il n'y a plus le même filtre absorbant et la lumière qui atteint les organismes peut être très vive.

La vie dans l'estran suppose donc une grande tolérance physiologique des organismes face aux variations drastiques d'hygrométrie, de salinité, de température, de pH, de lumière et d'agitation de l'eau. En raison de ces conditions très variables, l'estran peut être qualifié de "milieu extrême". Les mouvements de la marée conditionnent aussi les arrivées des stades larvaires du plancton pour le recrutement des espèces du littoral. L'étude de la faune et de la flore montre que les espèces animales et végétales s'établissent à des niveaux marégraphiques correspondant à leur capacité d'adaptation à l'émersion-immersion. La limite supérieure de leur zone de répartition correspond à leur optimum de tolérance à l'émersion, tandis que la limite inférieure est aussi influencée par la compétition avec d'autres espèces, moins tolérantes face à l'émersion. En se promenant du haut de l'estran vers le bas, on peut ainsi constater une succession régulière de peuplements spécifiques, tant végétaux qu'animaux. L' enseignement de l'écologie et de la biologie des organismes de l'estran est une des fonctions de la Station Biologique de Roscoff.