Quelle est l'influence de la marée sur la biologie des organismes de
l'estran à Roscoff ?
Les algues et les animaux qui vivent dans cette zone doivent
donc passer régulièrement de la vie aquatique à la vie
à l'air libre ou bien, au milieu plus confiné des cuvettes ou
flaques d'eau de mer.
Passer de la vie aquatique à la vie aérienne suppose que les
organismes sont capables de respirer dans l'eau et dans l'air, ou bien
capables de garder une petite réserve d'eau de mer, ou bien encore
capables de ne pas respirer pendant la basse mer, en attendant le retour de
la marée haute. Cela suppose aussi qu' ils peuvent se protéger
de la dessiccation à l'air et qu'ils supportent la force des
vagues, lors de la marée haute.
La vie à marée haute leur apporte un milieu ambiant frais, de
température relativement constante: l'eau ne varie que de 9° à 16°
C environ, au cours de l'année, au large de Roscoff. A
marée basse, la température de l'estran peut atteindre
des valeurs très élevées sous le soleil, ou au
contraire, des valeurs très basses en hiver.
La salinité, de même, est moins variable à
marée haute (autour de 35g de sel par litre), qu'à marée
basse, où la salinité des
cuvettes augmente lorsque l'eau s'évapore au soleil ou, au contraire,
diminue lorsque les flaques sont diluées par l'eau de pluie.
Le pH, traduisant la concentration en ions hydrogène, est
indicatif de l'acidité ou de l'alcalinité de l'eau. Le pH de
l'eau de mer, relativement constant , est naturellement basique, autour de 8,3.
Il peut varier énormément dans une flaque selon sa teneur en gaz
carbonique (CO2). Si la flaque abrite beaucoup de petits organismes
( microorganismes, crabes, crevettes, coquillages,
échinodermes, petits poissons etc...) leur respiration produit
du CO2 et le pH de l'eau devient acide (<7). S'il y a aussi des algues
dans la flaque, celles-ci vont, à la lumière du jour, consommer
du CO2 pour leur photosynthèse
et permettre une remontée du pH. (>8).
L'eau, à marée haute, absorbe une partie de la lumière
solaire, en particulier les rayons ultra-violets. Dans les cuvettes
à marée basse, il n'y a plus le même filtre absorbant
et la lumière qui atteint les organismes peut être très
vive.
La vie dans l'estran suppose donc une grande tolérance physiologique
des organismes face aux variations drastiques d'hygrométrie, de
salinité, de température, de pH, de lumière et d'agitation
de l'eau. En raison de ces conditions très variables, l'estran peut
être qualifié de "milieu extrême". Les mouvements de
la marée conditionnent aussi les arrivées des stades larvaires du
plancton pour le recrutement des espèces du littoral.
L'étude de la faune et de la flore montre que les espèces
animales et végétales s'établissent à des niveaux
marégraphiques correspondant à leur capacité d'adaptation
à l'émersion-immersion. La limite supérieure de leur
zone de répartition correspond à leur optimum de tolérance
à l'émersion, tandis que la limite inférieure est aussi
influencée par la compétition avec d'autres espèces, moins
tolérantes face à l'émersion. En se promenant du haut de
l'estran vers le bas, on peut ainsi constater une succession
régulière de peuplements spécifiques, tant
végétaux qu'animaux. L' enseignement de l'écologie
et de la biologie des organismes de l'estran est une des fonctions de la
Station Biologique de Roscoff.
La marée à Roscoff découvre l'estran
deux fois en 24 heures. L'estran, cette zone côtière
comprise entre les plus hautes mers et les plus basses mers, s'appelle
aussi la
zone de balancement des marées ou encore, la zone
intertidale. A Roscoff, elle est soumise à l'alternance de
l'immersion et de l'émersion toutes les 6 heures.