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Le projet dans le plan quadriennal 2009-2012
En janvier 2005, la direction de l’équipe
Cycle Cellulaire et Développement, antérieurement animée
par le Professeur Robert Bellé et le Dr Odile Mulner-Lorillon, a été
prise par le Dr. Patrick Cormier . En augmentant la visibilité de
cette équipe au sein de deux communautés scientifiques traitant
respectivement de la génomique du modèle oursin et de
la régulation traductionnelle, les deux objectifs fixés pour
les deux ans qui ont suivi cette prise de responsabilité ont été
obtenus.
Fort de cette visibilité, l’équipe tient
maintenant à renforcer trois axes primordiaux qui se résumeront
dans les termes suivants :
-Réseau des régulateurs traductionnels au cours du développement
embryonnaire précoce de l'oursin
-traduction et cycle
-option thérapeutique.
Vers un réseau des régulateurs traductionnels du dévelopement embryonnaire précoce de l’oursin
Le développement embryonnaire précoce de
l'oursin représente un paradigme pour l'analyse de la régulation
de l'expression des gènes au niveau de la traduction. L'obtention
récente du génome de l'oursin S. pupuratus (Sea Urchin Genome
Sequencing Consortium, 2006) nous a permis d'annoter l'intégralité
de la machinerie de traduction dans cet organisme (Morales et al., 2006)
chez lequel la conservation et la non redondance des gènes représentent
un avantage important pour les études fonctionnelles des acteurs moléculaires.
La machinerie de traduction est étroitement régulée
en réponse à la fécondation (Oulhen et al., 2007) et
l'activité traductionnelle est cruciale pour le bon déroulement
de l’entrée dans le cycle cellulaire et les divisions rapides de l’embryon
précoce. Le développement embryonnaire de l'oursin représente
de plus un modèle puissant pour l'étude des voies de signalisation
des points de surveillance de l'ADN et de sa réparation ainsi que
de l'apoptose (Le Bouffant et al., 2007). La compréhension des régulations
traductionnelles au cours du développement embryonnaire dans les conditions
physiologiques ou au cours de conditions qui affectent la machinerie de traduction
représente un challenge important. Le réseau traductionnel
n'a encore jamais été abordé par une approche systémique
telle que décrite pour le réseau transcriptionnel chez l'oursin.
Le modèle de l'embryon précoce d'oursin permettra d'initier
la construction de ce réseau, d'une part parce que le contrôle
traductionnel est capital pour les premières heures de la vie de l'embryon
et d'autre part, parce que de nombreux acteurs de la traduction ont été
identifiés et caractérisés au cours du développement
précoce de cet organisme. Identifier quels sont les ARNm recrutés
dans les polysomes et comment sont spécifiés en terme spatio-temporel
ces recrutements au cours du développement embryonnaire précoce
dans des conditions physiologiques ou de stress, représentent un objectif
majeur pour la construction du réseau traductionnel qui contrôle
le développement embryonnaire. Nous utiliserons les caractéristiques
du modèle embryonnaire précoce de l’oursin pour initier le
premier réseau des régulateurs traductionnels. Pour cela, nous
voulons, dans les conditions physiologiques et en présence d’agents
qui perturbent l’activité traductionnelle :
1. étudier l’ensemble des modifications de la
machinerie de la traduction induit par la fécondation et impliqué
dans le contrôle traductionnel au cours du développement embryonnaire
précoce.
2. identifier les ARNm recrutés dans les polysomes en
fonction de l’état d’activation de la machinerie de traduction au
cours du développement embryonnaire précoce de l’oursin
L’ensemble des données obtenues sera compilé pour établir
le premier réseau traductionnel au cours du développment embryonnaire.
Traduction et cycle.
Seront privilégiés dans
les axes de recherche de l’équipe ceux qui renforceront les liens
entre le cycle cellulaire et la régulation traductionnelle. Ainsi,
les thèmes tels que l’entrée en apoptose et les points de contrôle
liés à l’endommagement de l’ADN dans le contexte de la régulation
traductionnelle seront appuyés.
Très récemment, la régulation traductionnelle
a été impliquée de manière remarquable dans le
mécanisme d’apoptose. D'un côté, des recrutements via
les IRES (Internal Ribosome Entry Sites) d'ARNm codant pour des protéines
pro- ou anti-apoptotiques influencent directement la survie des cellules.
D'un autre côté la machinerie de traduction est modifiée
en réponse à des stress cellulaires qui orientent alors la
cellule vers une mort programmée.
La prolifération cellulaire est sous contrôle de mécanismes
prévenant les divisions anormales ou anarchiques à l'origine
des cancers. La caractérisation moléculaire de ces mécanismes
de surveillance appelés checkpoints est un challenge dans la compréhension
de la cancerogenèse. Nous avons montré
l'existence, dans l'embryon d'oursin, d'un checkpoint activable par endommagement
de l'ADN au cours du premier cycle après fécondation. Parallèlement
nos études suggèrent des modifications quantitatives (dégradation/synthèse)
et/ou qualitatives (phosphorylation/localisation cellulaire) de facteurs
de traduction lors de l'entrée dans le cycle cellulaire après
fécondation.
L’objectif est maintenant de découvrir les réseaux
de signalisation régulant les modifications des facteurs de traduction
et les effets de ces modifications sur la synthèse globale et spécifique
des protéines, au cours du cycle cellulaire normal induit par la fécondation
et du cycle cellulaire affecté par l’activation du point de surveillance
de l’ADN endommagé.
Nos perspectives sont de continuer l'étude de
la corrélation entre les modifications structurales (localisation
cellulaire, western blot.....) et fonctionnelles (synthèse protéique
globale et spécifique) des facteurs de traduction majeurs et le déroulement
du cycle cellulaire juste après fécondation (levée du
blocage en G1, entrée en phase S et replication ADN; transition G2/M,
condensation de la chromatine, rupture de l'enveloppe nucléaire, formation
du fuseau microtubulaire). Nous caractériserons les réseaux
de signalisation (kinases, phosphatases, protéases,.....) impliqués
dans ces modifications lors de la fécondation (utilisation d'inhibiteurs/activateurs)
et lorsque le cycle cellulaire est perturbé par la mobilisation d'un
point de surveillance par des génotoxiques différents (bléomycine,
MMS, chrome....).
Parallèlement, nous prévoyons des études
in vitro basées sur la préparation quantitative d’extraits
cellulaires à différentes phases du cycle grâce
à la grande synchronicité des embryons d'oursin. Nous pourrons
ainsi
1) Sélectionner des messagers « types »
et analyser leur traduction dans des extraits d'embryons préparés
à différentes phases du cycle (G1, Phase S, Mitose) ou à
des temps précis et caractéristiques de différents états
physiologiques (activés/fécondés, endommagement de l'ADN
ou du fuseau mitotique, stress ou apoptose, .....). Les messagers seront
choisis dans trois grandes familles: des messagers dont la traduction dépend
classiquement de la coiffe m7-GTP (cyclin B, actin), des messagers dont la
traduction implique un IRES (internal ribosome entry site) comme ODC, p27
ou cdk11, et des messagers qui sont spécifiquement recrutés
sur les polysomes en phase M (cyclin A, Nek).
2) Mesurer les modifications relatives de la synthèse
des messagers « types », marqueurs de changement de traduction
dans les conditions de cycle normal et de cyle perturbé et corréler
les changements traduction de ces messagers avec des changements de la quantité
ou des modifications post-traductionnelles (phosphorylation) des facteurs
de traduction d'intérêt selon l'état physiologique.
3) Déterminer les réseaux de signalisation
et les acteurs impliqués dans ces changements en utilisant des inhibiteurs/activateurs
connus, soit par exposition des embryons avant la préparation des
extraits soit par addition directe des drogues dans les extraits
4) Découvrir de nouveaux acteurs appartenat à
ces voies de signalisation et dont la synthèse est modifiée
selon l'état physio/pathologique de la cellule et insérer le
nouveau messager dans le crible des messagers "types"
L’ensemble des résultats montrant les liens entre
la régulation traductionnelle et le cycle cellulaire apportera des
données importantes pour l’établissement du réseau traductionnelle
précédemment proposé. De plus, les résultats
attendus nous amènent naturellement à nous intéresser
à ces mécanismes dans des conditions de physiopathologie humaine
en générale et dans les mécanismes de cancérisation
en particulier.
Option thérapeutique.
Ce troisième aspect de la politique scientifique
de notre équipe est en phase avec la politique de notre UMR (Mer et
Santé, UPMC/CNRS 7150). Depuis 2005, cet axe se concrétise
en collaboration avec des médecins. A l’heure actuelle, les facteurs
4E-BP, eIF4E eIF4G ont été analysés auprès de
50 patients souffrant de LLC CD5+. Nous espérons identifier l’expression
de ces acteurs et leur ratio respectif comme des marqueurs de l’agressivité
de cette hémato-pathologie. Des activités de synthèse
protéique différentes ont été identifiées
en fonction de l’état d’évolution de la maladie.
L’identification de nouveaux partenaires d’eIF4E et par conséquent
l’identification de peptides à forte affinité pour eIF4E, offriront
l'opportunité d'altérer l'accessibilité de cette protéine
à ses partenaires et ainsi d'affecter ses fonctions cellulaires. Ce
projet est d’autant plus important qu’un inhibiteur du complexe eIF4E/eIF4G
vient d’être publié dans la revue Cell (Moerke et al., 2007)
et est capable d’induire l’apoptose de lymphocytes T leucémiques (cellules
Jurkat). Après avoir rencontré et discuté avec le Professeur
Gerhard Wagner, responsable de l’équipe qui vient de publier la caractérisation
de cet inhibiteur, la molécule devrait aussi être testée
sur des cellules LLC CD5+ obtenues directement auprès de patients.
Enfin, la LLC CD5+, caractérisée par une
perte de l’apoptose renforce notre intérêt pour les liens entre
régulation traductionnelle et mécanismes apoptotiques dans
ces cellules. Nous envisageons ainsi d’analyser le pattern différentiel
des ARNm recrutés dans les polysomes chez différents patients
souffrant de LLC CD5+ en les comparant à des lymphocytes B normaux.
L’identification des ARNm d’intérêt, en particulier ceux codant
pour des protéines anti-apoptotiques, permettra ensuite d’en étudier
le mode de traduction (Cap-dépendante ou IRES dépendante).
L’ensemble du projet scientifique de l’équipe est résumé par le schéma suivant
Projet scientifique de l’équipe Cycle Cellulaire et Développement
dans le cadre du prochain plan quadriennal. L’équipe se concentrera
sur les différents niveaux de régulation traductionnelle en
relation avec le cycle cellulaire dans des mécanismes physiologiques
(fécondation, divisions mitotiques, développement embryonnaire)
chez l’oursin et de physiopathologie humaine (LLC CD5+).
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